PubGazetteHaiti202005

Haïti-Politique: Laurent Lamothe officialise sa rupture avec Michel Martelly et reconnaît « la plus grande erreur » de sa vie

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Après des années de rumeurs et d’ambiguïtés, Laurent Salvador Lamothe sort du silence et acte publiquement sa rupture définitive avec Michel Martelly. Dans un message publié le samedi 6 décembre 2025 sur Instagram, l’ancien Premier ministre assume ses regrets, présente ses excuses pour avoir soutenu l’ex-président et dresse le bilan critique d’une alliance politique qu’il considère désormais comme une erreur aux lourdes conséquences pour Haïti.

 

La déclaration a fait l’effet d’une onde de choc dans le paysage politique haïtien. Depuis plusieurs années, les relations entre Laurent Lamothe et Michel Martelly étaient sujettes à interrogations, rumeurs et interprétations. Cette fois, l’ancien Premier ministre a choisi de lever toute ambiguïté. « Cette époque est révolue depuis longtemps », écrit-il, répondant à une citoyenne qui lui avait récemment affirmé qu’il formait encore une « belle équipe » avec l’ex-président.

Par ces mots, Laurent Lamothe officialise ce que beaucoup soupçonnaient : la fin définitive d’une alliance qui a marqué une séquence importante de la vie politique du pays. Sans chercher à ménager les formes, il affirme n’entretenir « plus aucun lien » avec Michel Martelly, mettant ainsi un terme clair à toute lecture ambiguë de leur relation passée.

 

Selon l’ancien chef du gouvernement, la rupture ne date pas d’hier. Elle trouve ses racines dès 2014, alors qu’il était encore en fonction à la Primature. À cette période déjà, explique-t-il, des divergences profondes et des désaccords personnels avaient fragilisé leur entente. Mais malgré les tensions, une forme de loyauté avait été maintenue, au nom de la stabilité politique et de l’engagement qu’il dit avoir pris à l’époque.

Cependant, c’est après l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, que la fracture devient, selon ses mots, totale. « Ce jour-là, la rupture s’est achevée totalement, définitivement, irréversiblement », écrit-il. À partir de ce moment, insiste-t-il, il n’existait plus ni équipe, ni collaboration, ni projet commun. « La page était tournée, sans retour possible. »

 

Bien qu’il n’a pas fourni plus d’explications, cette référence à un moment aussi tragique de l’histoire récente d’Haïti donne à sa déclaration une portée particulière. Elle suggère que les événements entourant l’après-7 juillet ont agi comme un révélateur, mettant fin à ce qu’il restait d’un lien déjà fragilisé.

 

Dans un ton à la fois posé et grave, Laurent Lamothe revient également sur ce qu’il présente comme une déception personnelle. Il affirme avoir été loyal « pendant des années », peut-être même « trop », avant de constater que cette loyauté n’était pas réciproque. Il dénonce une culture politique marquée, selon lui, par l’ingratitude et la manipulation, qu’il décrit comme devenues des modes de fonctionnement dominants.

 

Sans entrer dans des détails précis, il laisse entendre que ces pratiques ont rendu toute collaboration impossible. « On ne peut pas avancer lorsque la loyauté n’existe plus », soutient-il, soulignant ainsi une rupture autant morale que politique.

Ce passage de sa déclaration marque un tournant dans son discours public. Jusqu’ici, Laurent Lamothe avait rarement exprimé de manière aussi frontale ses désaccords avec Michel Martelly. Cette fois, le ton est assumé, presque cathartique.

 

L’un des éléments les plus forts de son message reste toutefois son mea culpa. « Je tiens à présenter mes excuses à tous pour avoir soutenu cet homme comme président », écrit-il, qualifiant ce choix de « plus grande erreur » de sa vie. Une confession rare dans une classe politique où les autocritiques sont peu fréquentes.

 En reconnaissant cette erreur, Laurent Lamothe semble vouloir se repositionner, ou du moins assumer publiquement une part de responsabilité dans un cycle politique aujourd’hui largement critiqué.

Reste à savoir quelles seront les implications de cette prise de parole. Est-elle le prélude à un retour politique repensé, ou simplement un exercice de clarification personnelle ? Pour l’heure, l’ancien Premier ministre affirme parler « calmement, fermement, afin que « nul n’en ignore: depuis juillet 2021, tout est fini ».

Dans un contexte où le bilan du régime Tèt Kale continue de susciter débats et controverses, particulièrement autour des fonds dédiés à la construction de stades de football dont les traces ne sont toujours pas vérifiables, cette rupture publique pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre, tant pour Laurent Salvador Lamothe que pour la lecture collective de cette période charnière de l’histoire d’Haïti.

 

Il faut rappeler que Laurent Lamothe fait partie d’un ensemble de personnalités haïtiennes sanctionnées par le Canada et les États-Unis. A la fin de 2022, il avait porté plainte au Canada contre le ministère des Affaires étrangères, dénonçant des accusations qu’il juge infondées ; une procédure toujours en cours selon des sources proches du dossier. En juin 2023, l’administration américaine lui a imposé des sanctions, l’accusant d’avoir détourné au moins 60 millions de dollars du fonds PetroCaribe, des faits qu’il conteste.

 

 

 

Par Arnold Junior Pierre

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