PubGazetteHaiti202005

Violence en Haïti : plus de 1 400 morts et 650 blessés en trois mois

Violence en Haïti : plus de 1 400 morts et 650 blessés en trois mois

La situation continue de s’aggraver en Haïti. Au moins 1 408 personnes ont été tuées et 656 autres blessées entre avril et juin 2026, selon les chiffres communiqués ce mardi par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). 

En seulement trois mois, plus de 1 400 personnes ont perdu la vie et 656 autres ont été blessées. Selon le BINUH, 55 % des personnes tuées l’ont été lors d’attaques armées perpétrées dans différentes zones du pays. Tandis que plus de 40 % ont été tuées ou blessées dans le cadre d’opérations menées par les forces de sécurité contre les gangs, certaines impliquant une société militaire privée étrangère et le recours à des drones explosifs.

La population est également confrontée à d’autres formes de violence des gangs. Au moins 81 personnes ont été enlevées à travers le pays au cours du deuxième trimestre, contre 57 durant le trimestre précédent.

Les violences sexuelles liées aux gangs restent particulièrement préoccupantes. Le BINUH fait état d’au moins 796 victimes de viols, dont 772 femmes et 23 filles. Parmi elles, 87 % ont subi des viols collectifs. Les victimes ont été soumises à une extrême brutalité, notamment à des passages à tabac, à des viols commis devant leurs enfants ou d’autres membres de leur famille, ainsi qu’à l’incendie de leurs habitations. 

Ces violences sont utilisées comme moyens de punition et de déplacement forcé des populations vivant dans des zones contrôlées par des gangs rivaux, rapporte le communiqué.

« Ces chiffres montrent que la population continue de payer un lourd tribut, inacceptable, à la violence. Sa protection doit rester au cœur de tous les efforts visant à rétablir la sécurité, en particulier pour les enfants, les femmes et les autres personnes exposées à des risques accrus », a souligné Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Haïti et chef du BINUH, cité dans le communiqué.

Cité Soleil et la Plaine du Cul-de-Sac particulièrement touchées

Le BINUH dénonce également une recrudescence des violences liées aux affrontements entre gangs dans plusieurs zones sous leur influence, notamment Cité Soleil et la Plaine du Cul-de-Sac.

Les affrontements enregistrés dans ces zones ont fait 463 morts et 256 blessés. Ils ont également entraîné au moins 176 cas de viol et contraint plus de 18 000 personnes à fuir leur domicile.

En dehors de la région métropolitaine de Port-au-Prince, la situation reste particulièrement préoccupante.

Dans le département de l’Artibonite, les gangs ont poursuivi leur expansion territoriale en multipliant les attaques indiscriminées contre plusieurs localités. Les victimes comprennent des membres de groupes d’autodéfense, des habitants attaqués à leur domicile ou dans la rue, ainsi que des agriculteurs pris pour cible alors qu’ils travaillaient dans leurs champs.

La situation demeure également tendue dans le département du Centre, notamment à Mirebalais et à Saut-d’Eau, où les gangs ont maintenu leur présence. Dans le Sud-Est, des incursions armées ont par ailleurs été documentées pour la première fois à Séguin.

Des victimes civiles lors d’opérations impliquant des drones

Le BINUH a également attiré l’attention sur au moins 95 personnes sans lien avec les gangs qui ont  été victimes lors d’opérations impliquant des drones lancés par les forces de sécurité. Parmi elles figurent neuf personnes, dont six enfants, tuées ou blessées.

L’organisme onusien fait également état de 14 cas d’exécutions sommaires présumées ou de tentatives d’exécution sommaire impliquant des membres de la Police nationale d’Haïti. Ce chiffre représente toutefois une baisse significative par rapport à la même période de 2025.

Par ailleurs, environ 5 % des homicides et des blessures seraient imputables à des groupes d’autodéfense. Ces derniers auraient ciblé des membres de gangs, des personnes accusées de collaborer avec eux ou encore des individus soupçonnés d’avoir commis des infractions.

Le BINUH appelle à accélérer la réponse sécuritaire et judiciaire

Face à la persistance de la violence, le BINUH formule plusieurs recommandations. L’organisation insiste notamment sur la nécessité de maintenir Haïti à l’ordre du jour de la communauté internationale et d’accélérer le déploiement complet de la Force de Répression des Gangs (FRG).

Le BINUH appelle également les autorités haïtiennes à lancer rapidement les premières enquêtes des pôles judiciaires spécialisés chargés de traiter les crimes de masse, notamment les violences sexuelles, ainsi que les crimes financiers.

L’organisation rappelle en outre que tout recours à la force létale par les forces de l’ordre ou par d’autres acteurs agissant pour le compte de l’État doit respecter le droit international relatif aux droits humains, ainsi que les principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité, de non-discrimination, de précaution et de responsabilité
.
Le BINUH exhorte enfin les autorités à mettre effectivement en œuvre le processus de vérification des antécédents des policiers et à traduire en justice les agents accusés de graves violations des droits humains. Il recommande également de renforcer les programmes de prévention, de désengagement et de réinsertion destinés aux enfants impliqués dans les gangs.

Ces nouvelles données interviennent alors que le pays continue de faire face à une situation sécuritaire extrêmement préoccupante. Au cours du premier trimestre de 2026, plus de 1 600 personnes avaient déjà été tuées, selon un précédent rapport du BINUH.

Dans la nuit du 23 au 24 août, un nouveau carnage a été enregistré dans la commune de Kenscoff. Plus d’une quarantaine de personnes ont été assassinées, tandis que plusieurs habitants ont été séquestrés par des gangs.

Par: Daniella Saint-Louis

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