Un vent de panique se répand dans la région métropolitaine et ses environs ce 6 février 2021. Avec notamment le refus du président de la république Jovenel Moise d’abdiquer et la volonté de l’opposition politique d’utiliser tous les moyens pour exiger le strict respect de l’article 134-2 de la constitution, la population haïtienne est en proie à une atmosphère de frayeur qui la force à se prémunir contre toute éventualité.
Sur les routes nationales, il ne reste que des marchands sur les trottoirs qui osent espérer une dernière vente, des tap-tap qui transportent des passagers qui font tout pour rentrer chez eux et des voitures privées qui sillonnent les supermarchés afin de s’approvisionner au cas où une pénurie en produits de première nécessité se ferait sentir. Dans des endroits où l’embouteillage était monnaie courante, la circulation arbore une fluidité étonnante. Les citoyens cherchent à prendre des dispositions en prélude à l’arrivée d’un éventuel cataclysme ce 7 février 2021.
Dans les transports publics, le débat sur le contexte sociopolitique du pays est sur le bout des lèvres. A chaque 40 mètres dans les rues de Port-au-Prince, des gens se mettent à 4 ou à 5 pour discuter sur le mandat présidentiel et faire valoir leur point de vue sur le fameux article 134-2 de la constitution de 1987 amendée. Dans d’autres lieux, on constate des riverains au visage angoissé, on entend aussitôt déjà des disputes sonores, des vociférations, certains se préparent même à boucler leur territoire à l’image du dernier épisode de « Pays lock ».
Les supermarchés remplis
Dans les supermarchés, des files d’attente à la caisse et des chariots contenant des bouteilles d’eau, des produits alimentaires et des papiers de toilette ont été observés ce samedi 6 février 2021. Des haïtiens semblent vouloir faire des stocks à l’aube du 7 février 2021, date à laquelle le président de la république devrait délaisser le pouvoir, selon la majorité des secteurs clés de la population.

« Il y a vraiment beaucoup de monde comparé à d'habitude à cette heure-ci, j’avais du mal à circuler avec mon chariot », raconte un trentenaire passé au supermarché pour sa pause déjeuner. « Le temps d'attente en caisse est un peu plus long et j'ai constaté de nombreux chariots avec des produits de première nécessité », a constaté un autre citoyen.
Frayeur même dans l’administration publique
La peur se dissémine même dans l’administration publique. Certains fonctionnaires redoutent un lundi 8 février 2021 au cours duquel ils pourront venir travailler sans frayeur et sans inquiétude. D’autres ont même pris la décision de faire du télétravail par rapport à ce jour qui, selon eux, ne présage rien de bon.
« Lors du dernier « Pays Lock », les signaux avant-gardistes étaient de la sorte. On a dû utiliser des smartphones et des ordinateurs afin de travailler à distance car que l’on veuille ou non l'État est permanent », a confié Cherizard.
Spectre d’ un nouveau « Pays lock »
La radiographie de la région métropolitaine et de ses environs montre présage un nouveau « Pays lòk ». Les histoires précédentes montrent que tout a commencé de façon similaire à ce qui est constaté actuellement dans les rues. Ce samedi, on a remarqué les prémices de ce phénomène et le passage des policiers « Fantom 509 » hier dans les rues de Port-au-Prince ne fait que mentionner qu’ils sont là aussi dans cette bataille pour « le respect scrupuleux des prescrits de la constitution, lié au départ sans condition du président de la république Jovenel Moïse », tel que l’exigent l’opposition et la majorité des secteurs de la société civile.
Au regard de cette atmosphère de peur, les prochains jours s’annoncent sombres Haïti. Les risques de violences sont palpables dans un pays où la population est déjà meurtrie par la pauvreté. Est-il trop tard d’éviter ou de limiter les dégâts.
Affaire à suivre…
Daniel Zephyr
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