Lors d’une conférence à l’extraordinaire réalisée ce dimanche à la résidence officielle du premier ministre, le conseil supérieur de la police nationale (CSPN) a fait le point sur l’arrestation d’un juge à la cour de cassation, d’une inspectrice générale de la police nationale d’Haïti, ainsi que de 23 autres personnes accusées de « complot contre la sûreté de l’Etat » et de « coup d’Etat » contre Jovenel Moïse.
Quelques heures après l’opération menée par le service de sécurité du Palais national aboutissant à l’arrestation du juge de la cour de cassation Yvickel Dabrésil, de l’inspectrice générale de la PNH Marie Louise Gauthier, de sa sœur Marie Antoinette Gauthier et de plus d’une vingtaine d’autres personnes, la nouvelle était devenue virale sur les réseaux sociaux. À cet effet, le conseil supérieur de la police nationale d’Haïti sous les auspices du premier ministre Joseph Jouthe a jugé nécessaire d'expliquer les dessous de cette opération.
Accusés de complot contre la sûreté de l’Etat
Durant cette opération menée à Tabarre conjointement avec deux commissaires du gouvernement dans la localité « habitation Petit bois », de l’argent, trois (3) armes de guerre et des pistolets, des munitions ont été retrouvés, selon le premier ministre Joseph, chef du CSPN.
« Ils ont contacté des haut-gradés au palais national et le responsable de la sécurité afin de planifier et procéder à l’arrestation du président de la république Jovenel Moïse, le transporter à l’habitation « Petit-bois » et faciliter l’installation d’un nouveau président provisoire devant diriger la transition », a informé Joseph Jouthe. Selon le Premier Ministre, un « Blan Mannan » aurait trompé l'inspectrice général Gauthier quant à l'idée d’opérer un coup d'Etat contre le président Jovenel Moïse. « Yo di tout moun gen blan pa yo, men gen ladan yo se blan mannan » ( On dit que chaque secteur a le support d’un blanc mais il y en a qui sont de faux blancs, en français), a ironisé Joseph Jouthe qui a fait rire les membres du CSPN et les journalistes présents à la conférence. Il a fait référence à la conversation entre l'inspectrice considérée comme « la tête pensante du Coup d’Etat » et le chef de l'USGPN Dimitri Hérard enregistrée et diffusée en boucle sur les résaux.
En effet, dans cette conversation attribuée aux deux responsables de la police, on entend la voix d’une personne qui serait Marie Louise Gauthier passer des instructions à Dimitri Hérard quant aux mesures à prendre pour faciliter le putsch et installer un autre président qui serait le juge Hiviquel Dabrésil. D'ailleurs, elle dit avoir reçu la misssion du département d'Etat. Selon des informations, le chef de l'USGPN aurait piégé l'inspectrice générale, débarque à « Habitation Petit Bois » pour transporter Hiviquel Dabrésil au Palais National pour prendre le pouvoir et procéder à l'arrestation de Jovenel Moïse et de son équipe .
La PNH détient des preuves, selon Joseph Jouthe
D’après le premier ministre, la police nationale d’Haïti détient des preuves accablantes qui peuvent soutenir et légitimer ces arrestations orchestrées par la sécurité du Palais national. « J’ai moi-même vérifié les preuves. Des voix, des papiers signés et même un discours du président de la transition », a avancé le chef du gouvernement Joseph Jouthe.
« Se byen konte mal kalkile », a ironisé le ministre de la justice et de la sécurité publique Rockfeller Vincent dans son intervention pour parler du « coup d’Etat » raté.
Mr Rockfeller Vincent a tout aussi minimisé le privilège de l’immunité dont jouit le juge à la cour de cassation avançant qu’ « un acte de complot contre la sûreté de l’Etat ne peut rester impuni à cause d’une quelconque immunité. S’il a préparé son discours à l’avance, cela veut dire que ce juge avait des idées préconçues, des intentions criminelles. Il était accompagné d’armes automatiques et de poing », a soutenu Me Rockfeller Vincent.
Des doutes planent
Du côté de la population, bon nombre de personnes ne croient pas un mot à la version du conseil supérieur de la police nationale d’Haïti. Certains parlent même de « mise en scène ». « Des voix sur Whatsapp avec une conversation non crédible. Des photos. Déjouer une tentative de coup d’Etat et aller se pavaner à Jacmel. En tant que metteure en scène, les amies je vous dis que ce spectacle est nul à ch** », a tweeté Gaëlle Bien-Aimée, une comédienne et metteure en scène bien connue sur les réseaux sociaux.
Selon certains observateurs, ces arrestations effectuées hier sont tout simplement de la répression politique. Lors d'une conférence de presse ce 7 février, le Secteur Démocratique et Populaire a lui aussi évoqué la thèse de persécutions politiques.
Parallèlement, au moment d’écrire cet article, l'opposition n’a toujours désigné et installé le président de la transition ce 7 février 2021 en remplacement de Jovenel Moïse, contrairement à ce qui avait été annoncé.
En conférence de presse, le Secteur Démocratique et Populaire, en l'absence des autres partis s'est juste contenté de renvoyer pour bientôt le dévoilement du nom du prochain Président Provisoire.
Entre-temps, le chef de l’Etat a pu tranquillement circuler ce matin jusqu'à l'aéroport Toussaint Louverture à destination de Jacmel pour l’ouverture du traditionnel carnaval. C’est à ce moment qu’il a révélé « le complot visant à l’assassiner et déjoué par le responsable de la sécurité du Palais national ». Il avait instruit le premier ministre et le directeur de la PNH présents sur le tarmac de l’aéroport de fournir plus de détails à la population.
Par Daniel Zephyr
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