PubGazetteHaiti202005

Les menaces de Moïse Jean Charles n’ont « aucun rapport » avec la chute du dollar, selon l’économiste Enomy Germain

Enomy Germain, économiste

Intervenant ce vendredi 26 août 2022 à l’émission Le Rendez-vous avec Assad Volcy, l’économiste Enomy Germain a évoqué les raisons expliquant le problème du taux de change et la chute du dollar. Le professeur en économie s’inscrit en faux contre les informations faisant croire que ce sont les menaces incendiaires contre les banques de Moïse Jean Charles qui ont fait chuter le dollar.

Les réactions fusent dans tous les sens après la manifestation de Moïse Jean Charles dimanche dernier au Cap-Haïtien contre le dollar, l’insécurité et la cherté de la vie. Lors de ce mouvement de protestation, la foule ayant à sa tête le natif de la région nord a menacé d’incendier les banques commerciales qui, pour elle, sont les responsable de la montée vertigineuse du dollar. 

Quelques heures après, une chute du dollar sur le marché informel a été constatée. Le dollar a perdu entre 10 à 15 points, selon les comparaisons faites par la rédaction au moyen des cambistes contactés. Plus d’un assimile cette baisse aux déclarations des manifestants lors du mouvement du dimanche. Cependant, une conférence de presse avait été déjà annoncée pour le lendemain par la BRH afin d’annoncer des mesures pour l’amélioration de la situation macro-économique. 


Intervenant à l’émission Le Rendez-vous avec Assad Volcy ce vendredi, l’économiste Enomy Germain, prend le contrepied de l’idée selon laquelle les menaces incendiaires de Moïse Jean Charles et de ses partisans contre les établissements bancaires du pays ont fait chuter le dollar.

« Après les mesures annoncées par la BRH, le marché a été pris de panique. Des dizaines de personnes m’appellent chaque jour pour me demander si elles doivent vendre leur dollar. Ce qui se passe actuellement est intimement lié à la gamme de mesures de la banque centrale, soutient Enomy Germain qui rappelle que des menaces de ce genre ne sont pas nouvelles. Cette affaire de brûler les banques et le dollar va baisser, ça n’a absolument aucun rapport », affirme-t-il.

Enomy Germain croit que bon nombre de facteurs loin du mouvement de Moïse Jean Charles peuvent expliquer la situation économique catastrophique du pays dont la montée vertigineuse du dollar. Il estime, cependant, que Moïse Jean Charles n’a pas tout à fait tort sur le fait que les banques et les autres institutions financières soient responsables de la situation actuelle. 

« Un ensemble d’agents économiques font de la spéculation sur le marché. Quand la banque commerciale détient le dollar, elle le retient pour le vendre plus tard à un prix beaucoup plus élevé. C’est ce qui se fait actuellement dans les banques commerciales et le marché informel. C’est illégal », explique l’économiste Enomy Germain. 


« La banque centrale, appelée à réguler le Marché, a une circulaire parlant de la “position cambiste nulle” devant permettre à limiter la capacité de spéculation des banques commerciales. C’est une décision prise pour contraindre les banques commerciales à vendre tous les dollars qu’elles détiennent avant la fermeture du marché. Si elles en restent en solde, la BRH achètera ces dollars à un taux inférieur à celui du marché », détaille le professeur Germain. Toutefois, selon l’avis de l’économiste, les banques se sont arrangées pour contourner ces règles. « Il se trouve que les banques commerciales montrent qu’elles ont vendu le dollar comme exigé par la BRH mais elles le font entre elles. Elles captent le dollar. C’est illégal », révèle M. Germain pour expliquer la rareté du dollar.

L’économiste Enomy Germain reconnaît que l’économie est affaiblie mais pour autant, cette faiblesse ne peut expliquer le taux de change que le pays a connu il y a deux semaines. « La situation est comme ça parce que le dollar est devenu une source de richesse dans le pays », dit-il. 

La banque de la république d’Haïti n’a pas joué son rôle véritable de surveillance et d’inspection dans le secteur bancaire, selon Enomy Germain qui appelle la banque des banques à prendre les dispositions nécessaires capables de permettre à ces décisions d’apporter des fruits.

Entre-temps, le dollar continue de chuter, le taux de référence de la banque centrale est de 118 gourdes. Sur le marché informel, le dollar se vend déjà à 100 gourdes. Et cela va continuer à baisser, selon les économistes.


Par: Daniel Zéphyr

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