PubGazetteHaiti202005

L" ONU reconduit pour une année supplémentaire le régime de sanctions visant les réseaux criminels en Haïti

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Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a adopté, ce mercredi 14 octobre 2026, la résolution 2831 (2026), prorogeant d’un an le régime de sanctions concernant Haïti. Le texte a recueilli 14 voix favorables et une abstention, celle de la Fédération de Russie.

Ce dispositif comprend notamment des interdictions de voyager, le gel des avoirs et un embargo sur les armes. Dans sa résolution, le Conseil s’est dit préoccupé par les informations faisant état de détournements et de spoliations de ressources publiques susceptibles de menacer la paix, la sécurité et la stabilité d’Haïti.

Les membres du Conseil ont également souligné que les personnes participant, directement ou indirectement, à des activités criminelles, à des violences liées aux groupes armés ou à des réseaux criminels, ainsi qu’à l’exploitation ou au commerce illicites de ressources naturelles contribuant à la déstabilisation du pays, pourraient faire l’objet de sanctions financières et de restrictions de déplacement.

Le Conseil a appelé les États membres à prendre les mesures nécessaires pour prévenir le trafic illicite et le détournement d’armes et de matériels connexes à destination d’Haïti, notamment en renforçant les contrôles aux frontières. Il a également exhorté les autorités haïtiennes à améliorer les capacités de gestion des armes et des munitions de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H).

Haïti plaide pour des sanctions ciblant les réseaux de soutien aux gangs

Intervenant lors de la séance, le représentant d’Haïti, Pierre Éric Pierre, a attiré l’attention sur les récents rapports du secrétaire général des Nations unies et du Groupe d’experts chargé d’appuyer le Comité des sanctions concernant Haïti.

Selon lui, ces documents montrent que la capacité de nuisance des groupes armés ne repose pas uniquement sur leurs activités criminelles, mais également sur des réseaux de financement, d’approvisionnement et de soutien, parfois facilités par des acteurs nationaux et internationaux disposant de ressources économiques ou d’une influence politique.

Le diplomate haïtien a ainsi insisté sur la nécessité de s’attaquer à l’ensemble des mécanismes qui alimentent la violence.

Il a également rappelé que l’approvisionnement des gangs en armes et en munitions dépassait largement les frontières nationales. À cet égard, il a plaidé pour une coopération renforcée entre les États d’origine, de transit et de destination, notamment en matière de contrôle des cargaisons, de traçage des armes et d’échange de renseignements.

Pierre Éric Pierre a par ailleurs présenté les efforts entrepris par les autorités haïtiennes pour renforcer la Police nationale, consolider les Forces armées et mettre en place des structures judiciaires spécialisées dans la lutte contre le financement des activités criminelles. Il a souligné l’importance d’un soutien international prévisible pour accompagner ces initiatives.

Les rapports du Groupe d’experts ont également mis en lumière des activités illicites présumées impliquant plusieurs anciens responsables nationaux et locaux, ainsi que des liens allégués entre certains d’entre eux et des groupes armés.

Le Panama appelle à renforcer la lutte contre le contournement des sanctions

Le représentant du Panama, Eloy Alfaro de Alba, qui a codirigé les négociations sur le texte, a qualifié la situation en Haïti de l’une des crises les plus urgentes de la région.

Il a appelé à intensifier les efforts visant à combler les lacunes qui facilitent le contournement des sanctions et à démanteler les réseaux permettant aux gangs de poursuivre et d’étendre leurs activités criminelles.

Le diplomate panaméen a notamment évoqué la « relation symbiotique » documentée entre certains secteurs des élites politiques et économiques et les groupes armés.

Il a estimé nécessaire de poursuivre l’inscription de nouvelles personnes sur la liste des sanctions, particulièrement celles qui utiliseraient leur pouvoir et leur influence pour financer les violences et en tirer profit.

La Russie exprime des réserves sur l’élargissement des critères de sanctions

Seule à s’être abstenue lors du vote, la Fédération de Russie a exprimé des réserves concernant certaines dispositions de la résolution.

Son représentant a reconnu que le texte comportait des éléments qu’il a qualifiés d’« apparemment nobles », tout en mettant en garde contre l’introduction de nouveaux critères de sanctions liés au détournement et à la spoliation de ressources publiques.

Selon lui, une formulation aussi large risquerait de s’éloigner des principaux critères d’inscription sur la liste établis par la résolution 2653 (2022).

Un régime de sanctions instauré en 2022

Le régime de sanctions concernant Haïti a été instauré en octobre 2022 par la résolution 2653 (2022) du Conseil de sécurité. Il prévoit notamment des mesures de gel des avoirs, d’interdiction de voyager et d’embargo sur les armes.

Ce dernier a été élargi par la résolution 2700 (2023), dans le cadre des efforts internationaux visant à freiner l’approvisionnement des groupes armés opérant sur le territoire haïtien.

En 2025, le Conseil de sécurité a renforcé le dispositif de sanctions ainsi que le mandat du Groupe d’experts chargé d’assister le Comité compétent. Deux personnes supplémentaires ont également été inscrites sur la liste des sanctions.

La nouvelle prorogation intervient dans un contexte où les Nations unies continuent de souligner l’importance de lutter non seulement contre les groupes armés, mais également contre les réseaux financiers, économiques et logistiques qui contribuent à leur expansion.

 

 

 

Par Daniella Saint-Louis

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