Le gouvernement haïtien a présenté, mercredi 7 octobre 2026, les grandes orientations du budget de l’exercice fiscal 2026-2027, évalué à 401,2 milliards de gourdes. Présenté à la Villa d’Accueil, ce cadre budgétaire place la sécurité, l’organisation des élections et la relance économique parmi les principales priorités de l’exécutif, alors que le pays demeure confronté à une crise sécuritaire et à une longue période de contraction économique.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, a expliqué que les ressources prévues doivent notamment permettre à l’État de répondre aux urgences nationales et de soutenir le processus électoral. Une enveloppe de 8,6 milliards de gourdes est ainsi réservée aux dépenses exceptionnelles liées aux activités électorales et au soutien aux partis politiques, contre 5,9 milliards dans le budget rectificatif de l’exercice précédent.
La sécurité publique figure également au premier rang des priorités gouvernementales. Le budget prévoit 73 milliards de gourdes pour les ministères de la Justice et de la Défense, soit environ 18 % de l’enveloppe globale. Ces ressources doivent notamment contribuer au fonctionnement de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti, au financement du recrutement et de la formation de 4 000 nouveaux policiers, ainsi qu’au renforcement des capacités opérationnelles des forces de sécurité.
Sur le plan économique, les perspectives demeurent préoccupantes. Le directeur général du Budget, Jean-Michel Silin, a souligné que le pays s’apprête à connaître une nouvelle année de croissance négative. « Ekonomi peyi a, pa sispann pran gwo baf. Nou pral konnen yon to kwasans negatif yon lòt fwa ankò », a-t-il déclaré .
Cette situation intervient après plusieurs années de contraction de l’activité économique. Dans une allocution récente, le ministre Serge Gabriel Collin avait déjà indiqué que l’économie haïtienne devait enregistrer en 2026 une huitième année consécutive de contraction, après une baisse du PIB réel estimée à 2,7 % en 2025.
Pour le prochain exercice, les autorités prévoient toutefois une croissance de 0,5 %, tandis que l’inflation devrait rester autour de 15 %. Le gouvernement entend également limiter progressivement le recours au financement monétaire, considéré comme un facteur susceptible d’alimenter les pressions inflationnistes et les tensions sur le taux de change.
Le financement du budget repose notamment sur 262,9 milliards de gourdes de recettes courantes. Les recettes de la Direction générale des impôts sont estimées à 95 milliards de gourdes et celles de l’Administration générale des douanes, hors produits pétroliers, à 129 milliards. L’État prévoit également 91,75 milliards de gourdes provenant de dons et d’emprunts.
Du côté des dépenses, les dépenses courantes sont évaluées à 232,624 milliards de gourdes, tandis que les dépenses de capital atteignent 168,576 milliards. Le gouvernement affirme vouloir consacrer ces ressources à des projets susceptibles de soutenir la production, les infrastructures et la reprise économique.
Au-delà des montants annoncés, l’enjeu principal demeure toutefois l’exécution effective du budget. La capacité de l’État à mobiliser les recettes prévues, à réaliser les investissements annoncés et à produire des résultats concrets dans les domaines de la sécurité et de l’économie constituera un test majeur pour l’exécutif au cours de l’exercice 2026-2027.
Adopté en Conseil des ministres le 30 septembre dernier, le budget s’inscrit ainsi dans une double ambition : créer les conditions nécessaires à la tenue des élections et tenter de relancer une économie qui reste profondément affectée par l’insécurité, la baisse de la production et les difficultés des finances publiques.
Junior PIERRE
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