Le procès autour de l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse continue de révéler le rôle central de l’argent dans l’exécution du complot. Pour cette sixième semaine d'audition dans le dossier, à la barre, Rodolphe « Dodof » Jaar a non seulement détaillé les fonds qu’il affirme avoir mobilisés, mais aussi apporté de nouvelles précisions sur le déroulement de l’opération et ses propres motivations.
Jaar a déclaré avoir injecté plus de 150 000 dollars dans le projet. Selon son témoignage relayé par la journaliste du Miami Herald, Jacqueline Charles, environ 80 000 dollars auraient servi à soudoyer des agents de l’USGPN, chargés de la sécurité du Palais national. Il affirme également avoir contribué à l’achat de 4 à 6 armes sur les 26 utilisées, financé 30 000 dollars pour la “CAT team”, et remis 10 000 dollars à Joseph Félix Badio.
Au-delà des montants, Jaar est revenu sur un moment clé survenu le 6 juillet 2021, à la veille de l’assassinat. Il affirme que James Solages lui aurait annoncé un changement dans l’opération, la présentant comme une prétendue mission de la CIA.
« J’étais choqué. Je lui ai demandé ce que cela signifiait. Il m’a répondu : nous allons entrer, tuer le président et repartir. » rapporte Jacqueline sur X suivant les propos de Jaar.
Ces propos confirment, selon lui, le basculement définitif vers un assassinat, un point déjà évoqué dans le témoignage de l’ancien sénateur John Joël Joseph, qui avait lui aussi décrit une transformation du plan initial. Jaar a d’ailleurs confirmé que lui et Joseph étaient restés en retrait lorsque le convoi est parti en direction de la résidence présidentielle dans la nuit du 6 au 7 juillet.
À la barre, Jaar a insisté sur son rôle limité :
« Je n’ai pas participé à l’attaque. J’ai seulement joué le rôle de financier. »
Il affirme avoir été trompé dès le départ par Joseph Félix Badio, qu’il présente comme un acteur clé du complot. Selon lui, Badio lui aurait menti sur son profil, prétendant être avocat, impliqué dans le coup d’État de 2004 et lié à l’ULCC, sans mentionner qu’il en avait été renvoyé.
Après avoir fui Haïti, Jaar s’est rendu aux autorités américaines en République dominicaine le 25 décembre 2021. Depuis, Jaar a rencontré à 25 reprises les enquêteurs américains pour détailler son implication dans le complot.
Il explique avoir choisi de coopérer après avoir été lui-même ciblé :
« Il y a eu une attaque contre moi. On a tenté de me tuer avant mon départ pour la République dominicaine. J’ai pensé que ma vie était en danger. C’est pour cela que je me suis rendu, pour dire toute la vérité. »
Ces nouvelles déclarations viennent renforcer celles de John Joël Joseph, qui avait décrit une organisation structurée, financée et coordonnée autour de plusieurs acteurs.
Avec ces précisions, le procès met davantage en évidence le rôle stratégique du financement dans l’assassinat de Jovenel Moïse, tout en soulevant de nouvelles interrogations sur les complicités internes et les véritables commanditaires de l’opération.
Gazette Haïti News avec Miami Hérald
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