Alors que le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) prépare son rapport d’enquête sur le massacre de Kenscoff, son Directeur exécutif, Pierre Espérance, met en cause la réponse des autorités avant l’attaque. Dans une interview accordée à des journalistes ce mercredi 2 septembre 2026, il affirme que plusieurs alertes avaient été transmises à la hiérarchie policière, sans que des mesures suffisantes aient été prises pour renforcer la sécurité de la commune.
Selon Pierre Espérance, l’ancien responsable du commissariat de Kenscoff, l’inspecteur Nickenson Cadet, avait adressé plusieurs rapports à sa hiérarchie avant l’attaque des 23 et 24 août. Ces rapports auraient fait état de risques d’une offensive des groupes armés et sollicité le maintien de moyens supplémentaires, notamment d’un véhicule blindé.
Pour le Directeur exécutif du RNDDH, ces alertes auraient dû conduire à un renforcement immédiat du dispositif sécuritaire. Il affirme toutefois que les effectifs spécialisés déployés à Kenscoff auraient été réduits de 194 à 101 agents. Une partie de ces policiers aurait ensuite été affectée à la protection de responsables et de personnalités à Port-au-Prince.
Après le massacre, l’inspecteur Nickenson Cadet a fait l’objet de mesures conservatoires de la part de l’Inspection Générale de la Police Nationale d’Haïti (IGPNH). Il aurait été désarmé, privé de son badge et convoqué par les services de l’Inspection générale.
Pierre Espérance conteste ces mesures. Il estime que l’inspecteur Cadet ne devrait pas être tenu pour responsable des événements, puisqu’il aurait, selon lui, alerté à plusieurs reprises sa hiérarchie sur les menaces qui pesaient sur Kenscoff.
« On ne peut pas faire de l’inspecteur Cadet le responsable de ce qui s’est passé à Kenscoff », soutient Pierre Espérance. Il dénonce une démarche qui, selon lui, risquerait de détourner l’attention d’éventuelles responsabilités à des niveaux supérieurs de la chaîne de commandement.
Le RNDDH s’intéresse également au rôle des autorités locales. Pierre Espérance affirme que des membres de groupes armés auraient été aperçus à Kenscoff dans les jours précédant l’attaque. Il s’interroge notamment sur la manière dont ces informations ont circulé et sur les dispositions prises par les autorités après avoir été alertées.
L’organisation de défense des droits humains examine par ailleurs d’éventuelles négligences ou complicités qui auraient pu faciliter l’avancée des groupes armés. Ces éléments restent toutefois à être vérifiés et documentés dans le rapport d’enquête du RNDDH.
Le massacre a fait de nombreuses victimes et plongé plusieurs familles dans le deuil. Pierre Espérance indique que le RNDDH a déjà identifié et accompagné plus de 40 familles touchées par l’attaque.
Des personnes ont également été blessées ou contraintes d’abandonner leur domicile, tandis que plusieurs habitations ont été incendiées lors de l’offensive.
Le rapport du RNDDH devrait revenir en détail sur les circonstances du massacre, les alertes lancées avant l’attaque, la réponse des autorités et les éventuelles responsabilités. Pour Pierre Espérance, l’objectif est d’établir les faits et de contribuer à ce que les victimes et leurs familles puissent obtenir justice.
Par Arnold Junior Pierre
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