Le millionnaire Abelardo de la Espriella, un novice en politique de 47 ans, soutenu par le président américain Donald Trump, se présente en « outsider » et en patriote.
(Bogotá) L’avocat antisystème soutenu par les États-Unis, Abelardo de la Espriella, a remporté le second tour de l’élection présidentielle en Colombie dimanche, faisant basculer très à droite un pays frappé par la violence des groupes armés.
L’homme d’affaires, novice en politique, a battu de peu le sénateur de gauche Ivan Cepeda, allié du président sortant Gustavo Petro.
Les résultats préliminaires officiels le donnent gagnant avec 49,7 % des voix, devant Ivan Cepeda (48,7 %).
Le président désigné prendra ses fonctions le 7 août, pour un mandat de quatre ans.
Quelque 41 millions d’électeurs étaient appelés à se rendre aux urnes pour ce scrutin décisif face à la résurgence de la violence dans un pays plongé dans un conflit armé interne depuis plus de six décennies.
Le sénateur Ivan Cepeda, 63 ans, bénéficiait de la popularité de son allié Gustavo Petro, notamment parmi les classes populaires.
Sur X, Abelardo de la Espriella a célébré une victoire qui « nous remplit de gratitude, mais aussi d’un immense sens des responsabilités ». « Aujourd’hui commence une nouvelle étape pour notre pays », a-t-il affirmé.
Celui qui promet de resserrer les liens entre Bogota et Washington a assuré que le président américain Donald Trump lui avait renouvelé son « soutien ».
La Colombie devient le dernier pays latino-américain en date à passer à droite après l’Argentine, le Chili et l’Équateur.
Maillot jaune
Les partisans du millionnaire de 47 ans sont descendus dans les rues de plusieurs villes de Colombie, avec sur le dos le maillot jaune de l’équipe nationale de football qu’il avait adopté lors de ses réunions de campagne.
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Ils agitaient des drapeaux, faisaient retentir des klaxons et exprimaient l’espoir que celui qu’ils surnomment « le Tigre » apporte la sécurité après une campagne marquée par des attentats à la bombe de la guérilla et l’assassinat d’un prétendant à la présidence.
Des partisans d’Abelardo de la Espriella, dans une rue de Bogotá, le 21 juin 2026
Devant ses partisans réunis à Bogota, Ivan Cepeda a assuré qu’il n’accepterait pas la défaite avant le dépouillement final, lequel devrait prendre plusieurs jours, et qu’il contesterait les résultats de 33 000 bureaux de vote.
« Une fois […] que les vérifications correspondantes auront été effectuées, nous reconnaîtrons le résultat officiel », a assuré le philosophe et défenseur des droits de la personne de 63 ans.
Abelardo de la Espriella a connu une ascension fulgurante avec un discours virulent contre les guérillas et la gauche, au pouvoir pour la première fois de l’histoire de la Colombie avec le président Petro.
Face à lui, le sénateur Cepeda était soutenu notamment parmi les classes populaires reconnaissantes pour la réduction de la pauvreté et les salaires plus élevés sous Petro, dans l’un des pays les plus inégalitaires au monde.
« Prospérité et sécurité »
La victoire du candidat de la droite dure « trace une voie de prospérité et de sécurité pour le pays », a réagi Samuel Gomez, directeur de collège de 39 ans, à Barranquilla.
L’avocat millionnaire incarne le rejet de la figure de Gustavo Petro, que la Constitution empêche de briguer un second mandat, et une ligne dure face au crime organisé dans un pays qui est le premier producteur de cocaïne au monde.
Raul Vasquez, un ingénieur de 41 ans, espère que sa présidence permettra de « relancer l’économie, créer des emplois ». Il attend beaucoup également sur le plan de la sécurité.
Un bureau de vote de Bogotá
Ivan Cepeda est l’un des artisans de la stratégie de Gustavo Petro visant à négocier la paix avec les organisations criminelles (guérillas, paramilitaires, cartels) impliquées dans le narcotrafic, avec de maigres résultats. Il promettait d’approfondir les réformes sociales.
L’un de ses partisans, Santiago Galindo, employé de banque à Bogota, s’est dit après les résultats « très nerveux » face à ce que le président désigné de droite pourrait faire.
Des experts avertissent que ses promesses d’offensive militaire pourraient plonger le pays dans une nouvelle spirale de violence.
Société divisée
Admirateur des présidents salvadorien Nayib Bukele, argentin Javier Milei et américain Donald Trump, l’homme d’affaires a promis de faire construire des mégaprisons où les détenus seraient nourris « de pain et d’eau », de bombarder les camps de narcotrafiquants avec le soutien des États-Unis et d’Israël et de réduire de 40 % l’appareil d’État.
Après une campagne ayant montré une forte polarisation de l’opinion, le futur président devra « reconnaître que la moitié du pays n’est pas d’accord avec lui et […] dialoguer pour que la patrie puisse s’unir », estime Giovanna Pinzon, une psychologue de 46 ans dans la capitale.
D’autant qu’il n’aura pas les mains totalement libres pour gouverner, faute de majorité au Parlement.
La Presse
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