Des allégations d’exploitation et d’atteintes sexuelles impliquant des membres de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), ainsi que des soupçons d’exécutions extrajudiciaires lors d’opérations policières, soulèvent de sérieuses préoccupations en matière de droits humains en Haïti. Dans son rapport final publié en septembre 2026, le Groupe d’experts sur Haïti met en lumière des faits qui interrogent les mécanismes de contrôle et de responsabilisation des acteurs chargés de rétablir la sécurité.
La lutte contre les gangs armés en Haïti s’accompagne de préoccupations croissantes concernant le respect des droits humains par certains acteurs de la sécurité. Le rapport final du Groupe d’experts sur Haïti, publié en septembre 2026, fait état de plusieurs allégations d’abus, notamment des violences sexuelles présumées impliquant des membres de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), ainsi que des cas présumés d’exécutions extrajudiciaires lors d’interventions policières.
Ces accusations interviennent dans un contexte marqué par les déplacements forcés de population, l’insécurité persistante et la multiplication des opérations contre les groupes armés.
À Petite-Rivière-de-l’Artibonite, où des agents kényans de la MMAS ont été déployés entre la fin de 2024 et avril 2026, quatre allégations d’exploitation et d’atteintes sexuelles ont été signalées aux Nations Unies en 2025, dont trois concernant des mineurs, selon le rapport du Secrétaire général de l’ONU consacré aux mesures de prévention de l’exploitation et des atteintes sexuelles.
Le document indique que les enquêtes menées par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) ont conclu que les quatre allégations étaient fondées. Les dossiers ont ensuite été transmis aux responsables concernés pour des enquêtes complémentaires et l’adoption de mesures correctives.
Le Groupe d’experts affirme avoir interrogé plusieurs membres de la société civile locale ayant accompagné des victimes présumées ou leurs familles. Ces interlocuteurs ont confirmé les quatre cas mentionnés dans le rapport onusien et fait état d’autres situations similaires. Selon leurs témoignages, certaines affaires auraient donné lieu à des transactions impliquant de l’argent ou de la nourriture.
Le Groupe d’experts souligne également que le déploiement de bataillons exclusivement masculins dans des zones résidentielles, sans garanties suffisantes contre l’exploitation et les atteintes sexuelles, a renforcé les préoccupations relatives à la protection des civils. De leur côté, les autorités kényanes ont indiqué qu’une commission d’enquête de la MMAS avait été mise en place à la suite de ces accusations. Après plusieurs démarches, cette commission a conclu que les allégations n’étaient pas fondées, estimant que les témoignages recueillis ne comportaient pas suffisamment d’éléments de preuve. En juillet 2026, les autorités kényanes ont toutefois annoncé la création récente d’une équipe nationale officielle d’enquête destinée à remédier aux lacunes relevées.
Au-delà de ces accusations, l’usage de la force lors des opérations de sécurité constitue une autre source d’inquiétude. Selon les données du Groupe d’experts et les constats des rapports du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), près de 70 % des personnes tuées ou blessées au cours du premier trimestre de 2026 l’auraient été lors d’opérations menées par les forces de sécurité contre les gangs.
Certaines interventions auraient également donné lieu à des exécutions extrajudiciaires impliquant des membres de la Police nationale d’Haïti. Ces constats mettent en évidence les risques auxquels la population est exposée lorsque les opérations armées ne s’accompagnent pas de garanties suffisantes pour protéger les civils et prévenir les abus.
Par ailleurs, des résultats opérationnels de ces allégations mettent à l’épreuve la crédibilité des institutions chargées de garantir la sécurité en Haïti. Dans un pays où les populations subissent déjà les violences des gangs, tout abus présumé commis par des acteurs censés les protéger risque d’accentuer la peur, d’éroder la confiance envers les forces de sécurité et de fragiliser la légitimité des interventions.
La transparence des enquêtes, l’établissement des responsabilités et la réparation des préjudices éventuels apparaissent dès lors indispensables. Car rétablir l’ordre ne saurait se faire au détriment des droits fondamentaux sans protection effective des civils ni obligation de rendre des comptes, les opérations de sécurité risquent d’aggraver la défiance qu’elles sont censées contribuer à résorber.
Webertson DORVIL
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