PubGazetteHaiti202005

Jour des Aïeux : au MUPANAH, le CPT convoque la mémoire pour interroger le présent

@Patrice Noel

Dans le silence chargé de symboles du Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH), haut lieu de la mémoire collective, les plus hautes autorités de l’État ont commémoré, ce vendredi, la Journée des Aïeux. À travers un dépôt de gerbe de fleurs et un moment de recueillement, le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement ont tenu à rappeler que l’histoire d’Haïti ne se résume pas à ses crises actuelles, mais puise d’abord sa force dans l’héritage des femmes et des hommes qui ont conquis la liberté en 1804.

Dès les premières heures de la matinée, le président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, accompagné des conseillers-présidents Smith Augustin, Frinel Joseph, Edgard Leblanc Fils et Emmanuel Vertilaire, ainsi que du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, s’est rendu au MUPANAH pour une offrande florale. Étaient également présents le ministre de la Défense, Jean Michel Moïse, le ministre de la Culture et de la Communication, Patrick Delatour, 

Au-delà du protocole, la cérémonie s’est voulue un acte fort de reconnaissance envers les Aïeux de la Nation. Ces figures historiques, longtemps évoquées mais parfois oubliées dans l’action publique, ont été replacées au centre du discours national comme fondement moral et politique de l’État haïtien. Le choix du MUPANAH, espace consacré à la transmission de l’histoire, n’est pas anodin : il rappelle que la mémoire reste un pilier essentiel pour penser l’avenir.

A la villa d’acueil, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), par la voix du ministre Augustin Antoine, a mis en lumière la portée historique des actes des héros et héroïnes de l’Indépendance. Leur engagement, a-t-il souligné, dépasse le simple fait militaire : il s’agit d’un combat intellectuel, culturel et spirituel pour la dignité humaine et l’émancipation d’un peuple réduit en esclavage. Une lecture de l’histoire qui invite à repenser la transmission des valeurs républicaines dans le système éducatif.

La présence du haut commandement de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H) a également donné à cette commémoration une dimension institutionnelle forte. Elle symbolise la continuité de l’État, mais aussi la responsabilité des forces publiques dans la protection de l’héritage national, à un moment où la sécurité demeure l’un des défis les plus pressants du pays.

En ce jour chargé de sens, les grands dirigeants de l’etat ont rendu un hommage solennel à ces hommes et ces femmes d’exception qui, au prix de leur sang et de leur foi inébranlable en la liberté, ont posé les bases de la première République noire du monde. Leur combat, ont rappelé plusieurs officiels, ne saurait être figé dans les manuels scolaires ou les discours commémoratifs. Il constitue une boussole morale pour les générations actuelles, appelées à affronter des défis différents, mais tout aussi déterminants.

Car la commémoration du Jour des Aïeux dépasse le simple devoir de mémoire. Elle s’inscrit comme un acte politique, au sens noble du terme, réaffirmant l’attachement de l’État haïtien aux valeurs cardinales de souveraineté nationale, de justice sociale et de dignité humaine. En se recueillant devant les symboles de l’Indépendance, le gouvernement de transition entend affirmer sa volonté de s’inscrire dans la continuité de l’œuvre des Pères fondateurs.

Toutefois, dans un contexte marqué par l’insécurité, la fragilité institutionnelle et une crise socio-économique persistante, cet hommage prend une résonance particulière. Il agit comme un miroir tendu à la classe dirigeante et à l’ensemble de la société. L’héritage des Aïeux interroge la capacité collective à dépasser les divisions, à renforcer les institutions républicaines et à reconstruire un projet national commun.

À travers cette cérémonie, les autorités ont également lancé un appel implicite à la responsabilité collective. Elles ont invité chaque Haïtienne et chaque Haïtien à puiser dans l’héritage historique la force morale nécessaire pour participer à l’effort de reconstruction nationale. Car, si l’Indépendance a été arrachée par les armes, la consolidation de la Nation, elle, se construit au quotidien, par l’engagement citoyen, le respect des valeurs démocratiques et le sens du bien commun.

En définitive, la Journée des Aïeux 2026 aura été bien plus qu’une commémoration officielle. Elle aura rappelé que, face aux tempêtes du présent, Haïti peut encore trouver dans son passé les ressources pour imaginer un avenir de paix, de stabilité et de prospérité partagée. Un héritage exigeant, mais toujours vivant.

Arnold Junior Pierre

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