L’annonce de l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro le 5 janvier a provoqué une onde de choc bien au-delà des frontières du Venezuela. En Haïti, pays historiquement lié à Caracas, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une grave atteinte à la souveraineté d’un État et aux principes fondamentaux du droit international. Pourtant, au sommet de l’État haïtien, le silence demeure total.
Parmi les réactions, il y a celle de l’ancien député de Kenscoff, Alfredo Antoine qui adopte une position résolument institutionnelle. Pour lui, toute action dirigée contre un président en exercice constitue une atteinte directe à l’État et au peuple qu’il représente. Il rappelle que le chef de l’État incarne l’autorité légitime de la nation tant sur la scène nationale qu’internationale.
Assumant pleinement sa conviction, Alfredo Antoine affirme qu’arrêter ou assassiner un président en exercice revient à s’en prendre symboliquement et politiquement au peuple souverain. Il s’interroge également sur la cohérence des priorités internationales : pourquoi viser un président en exercice d’un pays riche en pétrole au lieu de détruire les plantations et laboratoires de cocaïne à la source ? Une question qui, selon lui, pose clairement le dilemme entre une prétendue lutte antidrogue et des intérêts pétroliers bien réels.
De son côté, Jean-Charles Moïse, leader du parti Pitit Dessalines, a publié une note travers laquelle il exprime une condamnation ferme de toute arrestation ou neutralisation d’un président en exercice en dehors de tout cadre démocratique et légal. Rappelant les liens historiques profonds entre Haïti et le Venezuela, depuis l’aide apportée par Haïti à Simón Bolívar jusqu’aux accords de PetroCaribe et aux annulations de dettes, l’ex maire de Milot souligne que la force ne saurait créer un État de droit, mais seulement un état de fait. Il insiste sur le respect du droit international et des principes démocratiques comme socle des relations entre nations souveraines.
Malgré ces prises de position et assumées de plusieurs figures politiques et publiques, une question persiste: pourquoi le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement haïtien gardent-ils le silence ? À ce stade, personne ne sait s’il s’agit d’une divergence de points de vue en interne ou d’une stratégie de prudence diplomatique.
Prendre position en faveur du Venezuela reviendrait, pour les autorités haïtiennes, à reconnaître l’aide apportée par Caracas au fil des années, notamment à travers PetroCaribe, mais aussi à défier indirectement les États-Unis, principal acteur ayant façonné et soutenu la transition politique actuelle en Haïti. Une telle posture pourrait exposer le pays à des pressions diplomatiques, voire à des sanctions, dans un contexte où, il y a à peine un mois, un conseiller présidentiel haïtien a déjà été sanctionné par Washington.
À l’inverse, s’aligner sur la position américaine pourrait être perçu comme une forme de trahison à l’égard du Venezuela, un pays considéré par une frange importante de l’opinion publique haïtienne comme un allié historique et un partenaire solidaire dans les moments les plus difficiles.
Par: Daniel Jean
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