PubGazetteHaiti202005

Petite histoire des interventions américaines en Amérique latine

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Donald Trump, qui a récemment gracié un ancien dirigeant latino-américain condamné pour trafic de drogue, a lancé une action militaire contre un autre dirigeant… qu’il accuse d’expédier drogue et criminels aux États-Unis.

L’Amérique latine est habituée à l’ingérence de son puissant voisin. L’histoire militaire américaine dans la région est marquée par des revirements, des contradictions et des gaffes.

Au Panamá, les troupes américaines ont pris des tamales – un mets traditionnel autochtone – pour de la cocaïne. Au Mexique, ils ont pourchassé durant des mois, en vain, un ancien allié devenu opposant. Sans oublier les nombreuses machinations de la CIA dans la région ou encore l’affaire Iran-Contra, un scandale politique si tordu qu’on n’essaiera même pas de le résumer dans cet article.

À présent, Washington vient de capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro pour le juger aux États-Unis après avoir lancé « une attaque de grande envergure » contre son pays. Et ce, après que la marine américaine eut tué des gens par dizaines dans la mer des Caraïbes, les accusant de trafic de drogue.

Voici quelques exemples de changements de régime par la force en Amérique latine.

1898 : Cuba

La guerre hispano-américaine de 1898 a donné lieu à plusieurs interventions américaines en Amérique latine, en particulier à Cuba.

Le cuirassé USS Maine a été envoyé à La Havane en janvier 1898 avec comme mission déclarée de protéger les ressortissants américains. Le 15 février, une mystérieuse explosion l’a coulé. Les États-Unis ont imposé un blocus naval à Cuba et déclaré la guerre à l’Espagne. Ils ont attaqué Porto Rico, puis les Philippines et Guam, dans le Pacifique.

La guerre s’est terminée avec le traité de Paris le 10 décembre 1898. Porto Rico, Guam et les Philippines sont devenus des territoires américains. L’Espagne a aussi renoncé au contrôle de Cuba.

Les Marines avaient débarqué à Guantánamo, à Cuba, en juin 1898 et s’étaient vite emparés de toute l’île. Ce fut le début de 35 ans d’interventions des Marines en Amérique centrale et dans les Caraïbes, surnommées les « guerres de la banane ».


1912 : Nicaragua

Le Nicaragua était en révolte contre son président de droite et pro-américain lorsque les Marines débarquèrent dans le pays dans le but déclaré de protéger les actifs américains.

Très vite, cela devint une intervention militaire directe et marqua le début de 21 ans d’occupation du Nicaragua.

1914 : Mexique

Les tensions États-Unis–Mexique étaient vives en 1914. Le Mexique était en proie à des convulsions politiques fomentées par son voisin du Nord. L’année précédente, les États-Unis avaient orchestré un coup d’État pour renverser un président mexicain au profit d’un remplaçant plus pro-américain, avant de changer d’idée et de soutenir le bandit et chef révolutionnaire Pancho Villa pour destituer celui qui avait brièvement été leur homme à Mexico.

Puis arriva un incident. En avril 1914, le gouvernement mexicain arrêta neuf marins américains pour avoir pénétré dans un dépôt de charbon – le carburant des navires, à l’époque – interdit d’accès à Tampico, sur la côte est du pays. Le Mexique libéra les marins, mais les États-Unis exigèrent des excuses et un salut de 21 coups de canon. Le Mexique accepta de présenter des excuses, mais refusa le salut.
Le président Woodrow Wilson ordonna un blocus naval du port de Veracruz, dans le Sud. Mais avant que l’ordre fût exécuté, on l’informa qu’une cargaison d’armes était en route pour le Mexique, en violation d’un embargo américain sur les armes. La marine américaine s’empara du port de Veracruz et l’occupa pendant sept mois.

1915 : Haïti

Après l’assassinat du président haïtien Vilbrun Guillaume Sam (qui venait de faire exécuter 167 prisonniers politiques), le président Wilson fit débarquer les Marines dans le pays. La mission officielle était de rétablir l’ordre en Haïti, alors en plein chaos. Or, l’instabilité avait été empirée par les actions des États-Unis, comme la saisie des réserves d’or haïtiennes pour rembourser ses dettes.

Les Marines sont restés 19 ans, avant de se retirer finalement en 1934.

1915 : Mexique

En 1915, les États-Unis s’étaient retournés contre Pancho Villa, dont on a parlé plus haut, et fournissaient le transport ferroviaire aux forces anti-Villa. Villa a réagi en s’en prenant aux soldats, aux citoyens et aux avoirs américains dans le nord du Mexique et le sud-ouest des États-Unis.

Le 9 mars 1916, les troupes de Villa attaquèrent un poste de l’armée américaine au Nouveau-Mexique, tuant huit soldats et dix civils, blessant huit autres personnes et prenant chevaux, mules et mitrailleuses.

Wilson envoya des troupes de l’armée américaine au Mexique pour retrouver Villa « dans le seul but de le capturer et de mettre fin à ses incursions ». Elles le recherchèrent pendant près d’un an, mais ne le trouvèrent jamais et rentrèrent en 1917. Villa finit par prendre sa retraite et fut tué en 1923 dans une embuscade menée par Jesús Salas Barraza, qui affirma que son acte avait été motivé par une querelle au sujet d’une femme.

L’incapacité des Américains à capturer Villa en fit un héros populaire au Mexique. « Chaque fois que les États-Unis se sont posés en arbitres des affaires intérieures, ils ont faussé le processus politique », constate Miguel R. Tinker Salas, professeur émérite d’histoire et d’études latino-américaines au Pomona College.

1983 : Grenade

Les États-Unis ont accusé le gouvernement de la Grenade – petit pays insulaire au large du Venezuela – de construire un aéroport qui permettrait à l’URSS de projeter sa puissance dans la région. La longue piste d’atterrissage, disait-on, allait permettre aux Soviétiques d’y envoyer des armes par avions-cargos géants.


Une crise politique à la Grenade, cet automne-là, a conduit à l’exécution de son premier ministre. L’armée a annoncé un couvre-feu et menacé toute personne se trouvant dans les rues d’être abattue sans sommation.
Le 25 octobre à l’aube, le président Ronald Reagan envoya 7600 soldats, dont deux bataillons de Rangers, la 82e division aéroportée, les Marines, les commandos Delta et les Navy SEALs, appuyés par des avions de combat et des hélicoptères de l’armée américaine. Il justifia cette intervention par la nécessité de protéger 600 étudiants en médecine américains présents dans le pays.

Les troupes américaines ont rapidement maîtrisé les 1500 soldats grenadiens impliqués dans la défense du pays, balayant toute résistance organisée en quelques jours. L’armée a été chassée du pouvoir et remplacée par un gouvernement provisoire. Le 3 novembre, Reagan a annoncé que la mission avait été menée à bien.


1989 : Panamá

Le général Manuel Noriega, chef militaire du Panamá, entretenait des liens de longue date avec la CIA et son directeur, George H. W. Bush, qui allait être élu président. Des années 1960 aux années 1980, les États-Unis ont payé Noriega pour qu’il nuise aux sandinistes au Nicaragua et aux révolutionnaires du Front Farabundo Martí de libération nationale au Salvador. Il collaborait aussi avec la Drug Enforcement Administration pour limiter les trafics de drogue illégale… tout en blanchissant l’argent de la drogue à son profit.

Mais vers 1986, les médias américains ont révélé les activités criminelles de Noriega, qui avait pris le pouvoir en 1984. Reagan lui a demandé de démissionner. Le général et dictateur a refusé. Les tribunaux américains l’ont inculpé de trafic de stupéfiants. Noriega a demandé et reçu une aide militaire de Cuba, du Nicaragua et de la Libye, trois pays proches des Soviétiques.

Le général a survécu à des tentatives de coup d’État, puis fait annuler une élection en 1989. Le 15 décembre 1989, le Panamá a déclaré l’état de guerre avec les États-Unis.

La nuit suivante, quatre militaires américains ont été arrêtés à un barrage routier au Panamá ; l’un d’eux a été abattu. Bush a ordonné l’intervention des troupes américaines pour renverser Noriega.

C’est ainsi qu’arrive l’histoire des tamales, le mets autochtone que l’armée américaine a confondu avec de la drogue.

Peu après l’arrivée des troupes américaines au Panamá, fin décembre 1989, elles ont annoncé avoir trouvé « 50 livres de cocaïne » (23 kg) dans une propriété utilisée par Noriega. Le chef du Commandement Sud des forces américaines a renchéri : il s’agissait en fait d’une saisie de « 110 livres de cocaïne » (50 kg).

Le mois suivant, le département de la Défense a publié un démenti. Un porte-parole du Pentagone a déclaré aux journalistes que le département avait reçu du renseignement « moins que satisfaisant » de la part des troupes au Panamá. La cocaïne, a-t-il dit, était en fait des tamales, ce succulent mets précolombien qu’on fait cuire dans des feuilles de bananier ou de maïs.

« C’est un matériau de liaison », avait déclaré la majore Kathy Wood au Los Angeles Times, avant d’ajouter, espérant sans doute être plus claire : « C’est une substance qu’ils utilisent dans les rituels vaudous. »

1994 : Haïti

Soixante ans après leur première intervention en Haïti, les Marines sont revenus, cette fois accompagnés de troupes de l’armée de terre, après que le président Bill Clinton eut ordonné à l’armée américaine de rétablir le président Jean-Bertrand Aristide, qui avait été démocratiquement élu puis rapidement renversé.

Dix ans plus tard, Aristide était tombé en disgrâce auprès de Washington et a été renversé lors d’un coup d’État orchestré par les États-Unis et la France, l’ancienne puissance coloniale du pays.

 

 

 


Avec La Presse

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