PubGazetteHaiti202005

Kenskoff: un centre-ville apaisé masque la détresse des sections communales contrôlées par les gangs

@Gazette Haiti News

Malgré une reprise progressive des activités au centre-ville, plusieurs sections communales de Kenskoff demeurent sous le contrôle de groupes armés. Le maire Massillon Jean évoque une situation humanitaire dramatique et appelle l’État à renforcer son intervention dans les zones montagneuses de la commune.


Après plusieurs mois marqués par la peur, les affrontements armés et les déplacements forcés, la commune de Kenskoff semble retrouver un semblant de normalité dans son centre-ville. Toutefois, derrière cette apparente accalmie, la réalité reste préoccupante dans les sections communales où les groupes armés continuent d’imposer leur loi.

Invité de l’émission « Le Rendez-Vous avec Volcy Assad » le jeudi 7 mai 2026, le maire de Kenskoff, Massillon Jean a dressé un tableau nuancé de la situation sécuritaire de sa commune. Selon lui, si les activités reprennent progressivement dans les zones urbaines, les localités rurales demeurent plongées dans une crise profonde.

« Le centre-ville connaît un calme apparent. Les institutions recommencent à fonctionner, mais dans les sections communales, le problème reste extrêmement compliqué », a-t-il confié durant l’entretien.

Depuis les violents événements du 27 janvier dernier, qui avaient pratiquement paralysé l’accès à Kenskoff par la route de Fermathe, les habitants du centre-ville tentent de renouer avec leur quotidien. Peu à peu, certaines institutions publiques ont rouvert leurs portes, redonnant un souffle à une population longtemps prise au piège de l’insécurité.

La mairie, la Direction générale des impôts (DGI) ainsi que le tribunal de paix sont désormais opérationnels. Dans le domaine social, plusieurs écoles ont repris leurs activités dans la zone urbaine, tandis que le centre de santé fonctionne de nouveau. Les marchés publics de Kenskoff et de Fermathe accueillent également commerçants et consommateurs, signe d’une timide relance économique locale.

Cependant, cette reprise reste limitée au cœur de la commune. Dans les hauteurs et les zones reculées, la violence continue de dicter le quotidien des habitants.

Selon le maire, des localités comme Bongars, Nouvelle Touraine, Souçaille et la quatrième section Belle-Fontaine sont particulièrement affectées par la présence de groupes armés. Ces derniers multiplieraient les actes d’intimidation contre les populations rurales.

Des maisons incendiées, des récoltes détruites, du bétail emporté : les paysans, déjà fragilisés par les difficultés économiques, se retrouvent aujourd’hui sans ressources et contraints d’abandonner leurs terres. Pour de nombreuses familles, fuir est devenu le seul moyen d’échapper à la violence.

Cette situation a provoqué une importante crise humanitaire dans la commune. D’après les estimations avancées par les autorités municipales, entre 30 000 et 35 000 personnes auraient quitté leurs localités au cours des derniers mois.

Ces déplacés internes vivent désormais dans des familles d’accueil ou dans des centres d’hébergement improvisés, souvent dans des conditions extrêmement précaires. Le maire a salué le soutien accordé par certaines institutions publiques, notamment le ministère de l’Intérieur, le ministère des Affaires sociales ainsi que le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES), qui, dit-il, apportent une aide aux victimes.

Mais pour Massillon Jean, l’assistance humanitaire seule ne suffira pas à résoudre la crise. Il estime que les forces de l’ordre manquent de moyens adaptés pour intervenir efficacement dans les zones montagneuses contrôlées par les groupes armés.

Le relief difficile de Kenskoff représente, selon lui, un avantage stratégique pour les bandits. Plusieurs routes menant vers les sections communales seraient devenues impraticables après avoir été volontairement endommagées ou bloquées par des tranchées creusées sur les axes routiers.

Face à cette réalité, l’édile plaide pour une opération sécuritaire de plus grande envergure. Il appelle notamment les autorités centrales à fournir un soutien aérien afin de faciliter le transport des unités de police dans les zones difficiles d’accès.

Il réclame également l’utilisation d’engins lourds pour dégager les routes obstruées et permettre une progression plus efficace des forces de sécurité sur le terrain.

Par ailleurs, le maire souligne qu’une coordination est en cours avec les communes voisines, notamment Pétion-Ville et Marigot, dans le but de limiter les déplacements des groupes armés entre les départements de l’Ouest et du Sud-Est.

Au cours de cette intervention médiatique, Massillon Jean a aussi voulu envoyer un message clair concernant toute possibilité de compromis avec les groupes armés. Il affirme rejeter catégoriquement toute forme de cohabitation avec les gangs et réclame justice pour les victimes ainsi que des réparations pour les nombreuses pertes enregistrées au cours des seize derniers mois.

Malgré les difficultés, les autorités locales assurent vouloir poursuivre les efforts aux côtés de la Police nationale d’Haïti (PNH), des brigadiers communautaires et de la population afin de rétablir la sécurité dans l’ensemble de la commune.

Pour les habitants déplacés, l’espoir demeure fragile. Beaucoup rêvent simplement de retourner chez eux, cultiver leurs terres et reprendre une vie normale dans une commune qui, aujourd’hui encore, oscille entre soulagement temporaire et peur persistante. 


Arnold Junior Pierre

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